Accueil > Expertises > Microfinance

Expertises au format RSS

Microfinance

Microfinance, investissement solidaire et philanthropie

Le 30 avril 2009 avait lieu à Paris le 2ème Forum international "Convergences 2015", organisée par ACTED. Ce forum d'échanges permanent a pour but de renforcer les synergies entre experts et praticiens de la microfinance, regroupant différents acteurs de l'économie sociale, de la finance, de la société civile ou des nouvelles technologies.

Au cours de cette journée d'échange, François Debiesse, Directeur de BNP Paribas Wealth Management, est intervenu sur le thème :
"Financement et accompagnement de la microfinance : quels rôles respectifs pour le secteur public et associatif, le secteur privé et les entrepreneurs sociaux?"

Son intervention s'est articulée autour de quelques idées simples, fondée sur son expérience de banquier privé, de responsable de mécénat d'entreprise de BNP Paribas mais également son expérience récente de conseil en philanthropie individuelle.

La microfinance et la philanthropie sont différentes mais très complémentaires.

« Maria Nowak insiste souvent sur la vertu du prêt par rapport au don, car le don peut entretenir une dépendance alors que le prêt crée un cercle vertueux d'indépendance économique. Cependant, le don à fonds perdu sera toujours nécessaire pour financer des projets par exemple de recherche médicale ou d'éducation, car le retour sur investissement est lointain et incertain pour ce type de projets.

La microfinance s'inscrit dans la mouvance plus large de l'investissement solidaire,

un secteur en plein développement avec une croissance de l'ordre de 40% depuis 5 ans, et 1.7 Md d'actifs sous gestion labélisés par Finansol. Investir dans la microfinance ou dans la finance solidaire, ce n'est pas investir à fonds perdu. La microfinance, comme d'une manière générale la finance solidaire, combinent impact social et modèle économique pérenne. Au départ, les institutions ont besoin de se constituer un capital avec le soutien d'investisseurs sociaux prêts à prendre un risque élevé, comme Investisseur et Partenaire ou Acted / Oxus, ou même des personnes privées fortunées. Par la suite, tout en augmentant leur capital par la génération de cash flow, les institutions ont besoin d'emprunter pour financer leur croissance.

Les fonds de microfinance constituent une opportunité intéressante pour les investisseurs sociaux,

combinant, un rendement correct, un risque limité et un fort impact social.Ces fonds sont pour l'instant essentiellement des fonds de dettes, qui prêtent à des institutions de microfinance. On voit cependant émerger quelques fonds d'equity, avec les problèmes de valorisation que cela peut représenter pour des actifs non cotés.


Perspectives
La microfinance est devenue depuis trente ans une véritable industrie dont la mutation n'est pas achevée. Dans cette perspective, je voudrais délivrer trois messages :

1) l'importance de la mesure de l'impact social.
Même si l'expérience montre que des fonds de microfinance comme ResponsAbility ont une rentabilité récurrente supérieure au marché monétaire, ce qui est tout à fait correct en particulier dans la période actuelle, la première motivation de l'investisseur n'est pas la maximisation du rendement mais la maximisation de l'impact social. Celui-ci doit donc être mesurable avec des indicateurs simples : nombre de clients touchés, pourcentage de femmes, montant moyens des prêts, etc. Dans cette perspective, des labels comme celui de Finansol sont importants pour permettre à des investisseurs particuliers de s'assurer de l'impact social.

2) L'importance de la déontologie dans la microfinance.
Nous avons signé, ainsi qu'une quarantaine d'institutions, les principes du CGAP concernant la microfinance responsable et la protection des micro-emprunteurs, en particulier sur la question de la transparence sur les taux d'intérêt. Nous sommes en train d'inclure ces principes dans notre politique de crédit. En tant que grand groupe bancaire impliqué dans la microfinance, nous pouvons influer nos partenaires mais c'est qui doivent en premier lieu s'approprier ces sujets.

3) Les fonds de microfinance constituent une opportunité pour la place de Paris :
les banques françaises sont parmi les premières au monde en matière de financement de la microfinance pour compte propre, et Finansol dispose d'une vraie expertise en matière de labélisation solidaire. Il existe une centaine de fonds de microfinance pour un total de l'ordre de 4 Md €. Le Luxembourg concentre 30% des actifs financés par des fonds de microfinance, contre moins de 1% pour la France. Aujourd'hui en France, les fonds de microfinance sont traités comme des produits réservés aux institutionnels, seuls peuvent être distribués au public des fonds avec maximum 10 % de microfinance. Des propositions concrètes ont été remises aux autorités de tutelle par le groupe de travail Paris Europlace sur la microfinance piloté par BNP Paribas pour faire de la France un grand acteur en matière de gestion de fonds de microfinance. Nous attendons avec impatience une régulation sur les fonds de microfinance, qui répondent aux attentes d'un large public, non seulement en France mais aussi au niveau de l'Union Européenne.


Conclusion
Notre expérience de partenariat avec une vingtaine d'institutions de microfinance dans une douzaine de pays nous a montré que la microfinance résiste bien à la crise. Alors que le chômage mondial va progresser en 2009 de 50 millions de personnes supplémentaires, nous sommes convaincus que la microfinance peut représenter un élément de sortie de crise, en permettant à des chômeurs de créer leur emploi. »


juin 2009


« Infopoverty 2009 » : les technologies de l'information pour la lutte contre la pauvreté

Le 19 mars 2009, Emmanuel de Lutzel, directeur Microfinance Groupe de BNP Paribas est intervenu durant la conférence « Infopoverty » des Nations Unies à Paris au siège de l'UNESCO sur les technologies de l'information pour la lutte contre la pauvreté.
Découvrez le discours qu'il a tenu à propos de la microfinance, son objectif et son développement grâce à la technologie :

« L'histoire de toute société est l'histoire de la lutte des classes », disait Karl Marx. En paraphrasant celui-ci, on peut dire que toute l'histoire de la microfinance, c'est l'histoire de la lutte contre l'exclusion financière. C'est de rendre accessible au plus grand nombre des services financiers de qualité et à bas prix, tels que l'épargne, le crédit ou les transferts.

La technologie peut contribuer largement à atteindre ce but de rendre les services financiers accessibles au plus grand nombre. Avant d'entrer dans le cœur du sujet de votre conférence, permettez moi d'abord de situer le contexte de la microfinance.


Le contexte de la microfinance

Je voudrais d'abord dissiper un malentendu. La microfinance n'est pas un outil magique de lutte contre la pauvreté. Son impact sur la pauvreté n'est qu'indirect. C'est le concept de lutte contre l'exclusion financière qui est important, permettant indirectement de lutter contre la pauvreté. En effet, les exclus des services financiers sont beaucoup plus nombreux que les pauvres dans le monde. Je vous donne un exemple : en Afrique, c'est 95 % de la population qui n'a pas de compte bancaire, alors que les pauvres (revenu inférieur à 1.25 USD par jour) représentent 51% de la population.

La microfinance impacte dans le monde un humain sur six. D'après les statistiques du Sommet du Microcrédit 2008, la microfinance touche 155 millions d'emprunteurs. Si l'on compte qu'un micro emprunteur soutient une famille d'au moins cinq personnes, ce sont plus d'un milliard de personnes qui sont aujourd'hui impactés par le microcrédit.

La microfinance est une industrie en forte croissance, avec un taux de l'ordre de 30 % par an depuis dix ans. Dans l'industrie financière, c'est un secteur qui ne connaît pas la crise. Cependant, la crise financière aura pour conséquence indirecte une baisse du taux de croissance, qui ne sera probablement en 2009 que de 10%.

Depuis une dizaine d'années, des passerelles se sont développées entre la microfinance et la finance classique. Une quinzaine de banques commerciales internationales sont impliquées dans le soutien au secteur. Pour une banque comme BNP Paribas, la microfinance est le champ naturel de citoyenneté de la banque, c'est un champ dans lequel nous exerçons notre métier de banquiers tout en ayant un impact social. Pionnier sur ce sujet depuis une quinzaine d'années, BNP Paribas finance aujourd'hui avec une vingtaine d'institutions partenaires dans une douzaine de pays, en plus de la France où elle soutient l'Adie (Association pour le Droit à l'Initiative Economique).

La microfinance est dans l'industrie financière, à ma connaissance, la seule idée développée au Sud et qui a été importée au Nord. Plusieurs pays d'Amérique Latine se disputent avec le Bengladesh la paternité de l'idée dans les années 70. Aujourd'hui l'Europe et les Etats-Unis constituent moins de 1% de la microfinance mondiale, qui demeure une activité caractéristique des pays émergents.

En fait, la microfinance est une idée bien plus ancienne qui est née en Italie. Gli inventori della microfinanza sono Italiani ! Ce sont en effet les frères franciscains qui ont développé les Monts de piété à partir de la fin du 15e siècle, permettant de prêter aux pauvres avec un taux d'intérêt raisonnable, une véritable révolution sociale et morale comparable aux découvertes de Galilée ou de Leonardo da Vinci à la même époque.


Microfinance et technologie

Sur l'importance de la technologie dans la microfinance, je vous donnerai des exemples dans trois domaines :

1)  Le téléphone mobile ouvre des perspectives nouvelles pour la microfinance, permettant des transferts de fonds et des ouvertures de crédit. Le taux de pénétration du téléphone mobile dans le monde a plus que doublé en cinq ans (2002-2007) pour atteindre maintenant 50% avec une croissance considérable dans les pays émergents (X 7 en Afrique). Aux Philippines, pour une population de 90 millions habitants, les téléphones mobiles concernent près de 50 millions d'abonnés, et le mobile banking touche 6 millions de personnes. Des alliances originales se mettent en place entre banques traditionnelles et opérateurs de téléphone mobile, comme c'est le cas en Afrique de l'Ouest pour BNP Paribas avec Orange. En Inde, le téléphone mobile touche maintenant près de 400 millions d'abonnés, avec une croissance de plus de 10 millions par mois, alors que 85% de la population rurale n'a pas accès aux services financiers. C'est dire le potentiel considérable que peut offrir le téléphone mobile.

  Philippe Torres de l'Atelier BNP Paribas développe le sujet dans sa chronique "New Tech" en analysant le cas de Wizzit, une banque sur téléphone mobile en Afrique du Sud.

2)  Internet offre aussi des perspectives intéressantes mais plus lointaines, car cela suppose l'accès à un ordinateur. En cinq ans (2002-2007), l'accès à internet dans le monde a doublé pour atteindre 21%, mais la fracture numérique reste une réalité dans la plupart des pays émergents. Cependant, des programmes existent qui devraient mettre l'achat d'un ordinateur à moins de 100 USD. Par ailleurs, Internet est un moyen nouveau permettant à des épargnants du Nord d'investir directement dans la microfinance au Sud, comme le montrent Kiva aux Etats-Unis ou Babyloan en Europe.

3)  L'informatisation de la gestion des institutions de microfinance permet de réduire les coûts des institutions de microfinance en réalisant des économies d'échelle. Aujourd'hui, les procédures d'octroi de crédit, de paiement et de recouvrement restent largement manuelles. Au lieu de réinventer la roue, les IMF peuvent importer des méthodes des banques de détail ou des organisations de crédit à la consommation pour réaliser des économies d'échelle. L'expérience de BNP Paribas, avec son initiative Microfinance sans frontières permettant de faire du transfert bénévole d'expertise bancaire auprès des institutions de microfinance est en ce sens intéressante.


Au début du 20e siècle, seulement une minorité de personnes fortunées en Europe et aux Etats Unis avaient accès à un compte bancaire. La technologie a permis de rendre les services financiers accessibles au plus grand nombre en baissant les coûts.

Dans les pays émergents, nous sommes au début d'une révolution technologique rendant les services bancaires accessibles au plus grand nombre, et donc de lutter contre la pauvreté par l'inclusion dans les circuits économiques. L'absence de réseaux bancaires classiques est une opportunité pour développer des réseaux électroniques.

Il ne faut cependant pas oublier un facteur essentiel : la finance est une relation humaine entre un banquier et son client. Comme le dit l'origine du mot crédit, le crédit repose sur la confiance.
Quel que soit le développement de la technologie dans la microfinance, rien ne remplacera une telle relation humaine.


avril 2009


Haut de page