
Sibylle Dehesdin: Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans cette nouvelle édition de Eco TV, le rendez-vous mensuel des économistes de BNP Paribas.
Aujourd'hui, une édition spéciale consacrée à la crise financière mondiale, avec Philippe d'Arvisenet qui nous explique dans son édito les conséquences de cette crise sur les pays émergents.
Puis Éric Vergnaud analyse la réaction de la réserve fédérale américaine et de la Banque centrale européenne face à la tourmente financière.
Et enfin, avec François Faure, nous ferons le point sur la situation de la Corée du Sud.
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Sibylle Dehesdin: Mais tout d'abord, nous retrouvons comme d'habitude Philippe d'Arvisenet, le directeur des Études économiques.
Philippe, bonjour.
Philippe d'Arvisenet : bonjour
Sibylle Dehesdin: On espérait que les pays émergents résisteraient à la crise financière internationale. Cet espoir semble aujourd'hui totalement perdu.
Philippe d'Arvisenet : Très largement oui, pour une bonne raison. C'est qu'il y a un certain nombre de mécanismes qui sont en jeu, pas seulement le ralentissement américain ou européen et nous envisageons pour les pays émergents une croissance qui va perdre deux à trois points par rapport à l'année dernière.
Sibylle Dehesdin: Oui, mais pourtant, on n'a pas consenti de subprimes dans ces pays. Pourquoi certains pays sont-ils affectés par la crise ?
Philippe d'Arvisenet : Vous avez plusieurs mécanismes en jeu. Tout d'abord, vous avez, ça, c'est très banal, l'effet du ralentissement aux États-Unis, en Europe, au Japon et naturellement, les pays émergents exportent moins vers ces zones qui sont entrées en récession.
Deuxièmement, vous avez une partie de ces pays qui étaient spécialisés, qui le sont toujours d'ailleurs, dans les exportations de matières premières. Là encore, il y a eu une moindre demande, c'est vrai pour le pétrole, c'est vrai pour les produits alimentaires, pour l'acier également. Moindre demande, et moindre prix, donc des pertes de revenus pour ces pays-là. Ca, c'est un premier point.
Deuxième point, vous avez des effets directs de la crise financière, indépendamment des effets via l'économie réelle dont on vient de parler. Alors, quelques exemples si vous voulez. Vous avez des stratégies dites de « carry-trade », c'est-à-dire des gens qui empruntent dans des pays où les taux d'intérêt étaient bas pour aller investir dans des pays où les taux d'intérêt étaient un peu plus élevés, notamment dans un certain nombre de pays émergents. À l'heure actuelle, ces stratégies dites de « carry-trade » se dénouent. Deuxièmement, vous aviez les pays émergents qui présentaient une sorte d'attrait si je puis dire pour des investissements en termes de titres de crédit, en termes d'actions. A partir du moment où un certain nombre d'opérateurs financiers doivent couvrir des pertes aux États-Unis et ailleurs, ils rapatrient les fonds qu'ils avaient mis dans ces pays émergents. Conséquence : les bourses baissent. Conséquence : les taux d'intérêt de marché augmentent. Conséquence : les taux de change baissent également. Ce qui fait naturellement de la perte de richesses pour les pays en question et des pertes de revenus également.
Troisièmement, enfin, un grand nombre de ces pays, qu'ils aient un déficit courant important ou pas d'ailleurs, avaient financé une partie de leurs crédits bancaires via des flux de capitaux venus d'extérieur, en dollars notamment, mais aussi en euros. A partir du moment où le dollar se raréfie à cause de la crise interbancaire qui est devenue internationale, il y a un besoin de dollars qui fait monter les taux d'intérêt et naturellement il y a un freinage de la forte croissance du crédit qui avait lieu dans ces pays. Et enfin, il faut ajouter que, et c'est notamment vrai dans un certain nombre de pays d'Europe de l'est et centrale, vous aviez des ménages qui ont financé des prêts hypothécaires, des prêts logement à partir d'un emprunt sur des monnaies type euro, type franc suisse et naturellement à partir du moment où les taux de change se cassent la figure, il est beaucoup plus difficile de payer en monnaie locale un service de la dette qui est dans une monnaie extérieure qui s'est appréciée.
Donc, vous avez, j'en oublie sans doute, une multitude de phénomènes qui sont liés les uns aux autres tout en s'ajoutant.
Sibylle Dehesdin: Merci Philippe. Je rappelle que vos éditos sont en ligne toutes les semaines sur le site des Études économiques de BNP Paribas.
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Sibylle Dehesdin: Nous retrouvons à présent Éric Vergnaud pour revenir sur l'attitude de la FED et de la BCE face à la tourmente financière actuelle.
Éric Bonjour.
Éric Vergnaud : Bonjour Sibylle.
Sibylle Dehesdin: Pouvez-vous nous expliquer quels sont les problèmes spécifiques que la crise a fait surgir ? Éric Vergnaud : Depuis le début de la crise financière actuelle, la Fed et la BCE ont multiplié les initiatives afin de garantir le bon fonctionnement du système de paiement. Les deux Banques centrales ont géré la crise de liquidité afin de permettre aux banques de se refinancer en dépit d'un marché monétaire congestionné et pratiquement gelé après la chute de Lehman Brothers le 15 septembre.
Sibylle Dehesdin: Est-ce que vous pouvez être un petit peu plus précis sur les mesures que les banques ont adoptées ?
Éric Vergnaud : Le Fed et la BCE ont modifié leurs opérations de refinancement, et en augmentant les montants de liquidité fournis, en allongeant leur durée. Elles ont également élargi la gamme des collatéraux éligibles. La Fed a créé de nouveaux instruments afin de fournir de la liquidité, cela même à des entreprises non financières. Par ailleurs, la BCE a également été très active sur le compartiment dollar en fournissant de la liquidité aux banques européennes grâce à la ligne de swap bilatérale en place avec la FED.
Enfin, les taux directeurs ont été réduits aux États-Unis comme en dans la zone euro.
Sibylle Dehesdin: Est-ce que les résultats sont d'ores et déjà visibles ?
Éric Vergnaud : Grâce à la combinaison des décisions des Banques centrales et des plans nationaux visant à soutenir le secteur bancaire, les écarts de taux d'intérêt sur le marché monétaire ont commencé à se réduire, toutefois, les tensions demeurent encore élevées et le retour à la normale prendra quelque temps.
Sibylle Dehesdin: Merci Eric.
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Sibylle Dehesdin: Nous accueillons maintenant François Faure
François, bonjour
François Faure : Bonjour Sibylle.
Sibylle Dehesdin: Comme nous le disions tout à l'heure avec Philippe d'Arvisenet, l'onde de choc créée par la crise financière internationale déstabilise désormais les pays émergents. En Asie, la Corée du Sud semble être l'économie dite la plus affectée. Qu'en est-il exactement ?
François Faure : Comme pour la plupart des pays émergents, notamment d'Asie, la bourse de Séoul a chuté depuis septembre dans le sillage des bourses mondiales. Mais la Corée se singularise d'une part par une bien plus forte dépréciation du change (environ 25% contre 4% depuis la fin août) qui a commencé avant l'aggravation de la crise financière, deuxièmement par un renchérissement du coût de la liquidité en dollar sur le marché domestique très supérieur à celui qui prévaut actuellement aux États-Unis ou sur les marchés internationaux.
Sibylle Dehesdin: Ces évolutions sont-elles justifiées au regard des fondamentaux macroéconomiques ou microéconomiques du pays ?
François Faure : Globalement oui. Au plan macroéconomique, l'économie coréenne était déjà en phase de ralentissement depuis le début de l'année en raison d'un retournement d'activité dans le secteur de la construction. Par ailleurs, la Corée enregistre un déficit courant, un solde des IDE et transferts en capital déficitaire et des sorties massives d'investissement de portefeuille action. D'où une forte augmentation de la dette extérieure et une diminution des réserves de change. Au plan microéconomique, le crédit aux ménages et notamment le crédit logement a fortement progressé au cours des dernières années de sorte qu'en pourcentage de leur revenu, les ménages Coréens sont autant endettés que les ménages américains. Enfin, le secteur des PME est également mal en point.
Sibylle Dehesdin: Le 19 octobre dernier, le gouvernement a annoncé un important plan de soutien au secteur bancaire. Quels risques ce plan est-il censé prévenir ?
François Faure : Le risque d'une crise de liquidité extérieure principalement. D'une part, l'État a mis à la disposition des banques une ligne de 30 milliards de dollars. D'autre part, l'État a apporté sa garantie jusqu'en juin 2009 sur les emprunts extérieurs des banques dans la limite de 100 milliards de dollars. L'objectif est de faciliter le renouvellement de la dette extérieure à court terme des banques et en même temps d'allonger la maturité de cette dette. Ce soutien à la liquidité extérieure a été récemment renforcé par une mise à disposition de 30 milliards supplémentaires par les États-Unis dans le cadre d'un contrat d'échange de devises.
Sibylle Dehesdin: Il y a un risque d'une crise de liquidité extérieure comme en 1997-1998 voire de crise systémique bancaire ?
François Faure : Compte tenu de la raréfaction de la liquidité dollar et du besoin de financement extérieur des banques, une crise de liquidité extérieure est possible, mais elle reste peu probable. D'une part en raison des mesures de soutien que je viens de mentionner, mais aussi en raison de l'importance des réserves de change.
Sur la question du risque systémique bancaire, là aussi la situation actuelle est assez différente et moins alarmante que celle de 1998. En 1997, les engagements extérieurs étaient le fait de banques coréennes qui utilisaient les dollars empruntés, pour une bonne part à court terme, pour prêter en won à des entreprises coréennes Actuellement, ce sont surtout les filiales de banques étrangères qui sont endettées en externe et plus de la moitié des engagements sont liés à des opérations de couverture de change avec des entreprises exportatrices ou des gestionnaires d'actifs coréens qui ont structurellement des recettes en dollars. La nature de l'endettement externe est donc moins plus risquée qu'elle ne l'était en 1997.
Sibylle Dehesdin: Merci François.
Nous arrivons à la fin de cette émission. On se retrouve dès le mois prochain pour une nouvelle édition de Eco TV, le rendez-vous mensuel des économistes de BNP Paribas.
Tous Droits Réservés BNP Paribas
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